Chroniques du Pays des Morts

Chapitre 10 : Où l'on traverse la rivière ?

Je recule doucement et referme la porte… Je n'ose même pas imaginer ce qui s'est passé, mais je sais que je ne permettrai pas que cela se reproduise.
“Ils te désosseront très lentement et feront de toi un trône humain. Leur roi à bec de lievre y siègera longtemps. Tu ne seras plus qu'un miroir sans tain. Cette clé ouvre la porte des ténèbres ; prend bien garde de ne jamais la perdre. ” Je grave cet avertissement sur le panneau auquel était supendue la grosse clé, que je remet en place, et je tourne les talons.

Je dois tenter de trouver un autre moyen de traverser cette rivière ; peut-être que je devrais longer ce barrage jusqu'à une prochaine ouverture, peut-être vierge de la présence de ces castors démons…
Et c'est après quelques kilomètres que ce barrage disparaît, comme ‘‘inachevé''. La rivière de goudron et calme, comme inanimée, sans aucune trace de castor démon. Je jette un dernier regard en arrière : les lumières d'El Alamoual ne se voient plus dans le ciel. Il y a maintenant près de 3 jours que je suis parti. Mon seul choix est de continuer tout droit.

- Bruuuuuunooooooo !

Un hoquet de frayeur me fait sursauter, à l'entente de cette voix plaintive et gémissante, que je perçois comme lointaine et étouffée.Après quelque secondes d'arrêt, d'observation, je reprend ma route, néanmoins peu rassuré par la tournure des évennements. Je marche quelques minutes, quand soudain, j'apperçois quelque chose d'incroyable : de la verdure ! Je m'y précipite, plein de joie ! Par bien des points, j'agis comme si j'étais encore humain… Et c'est bien un tort. C'est quand je me rapproche de ces arbres que je me rend compte de leur véritable nature. Ces arbres bruissent, mais pas comme ils le devraient ; ils gémissent. De longs râles s'echappent de cet endroit, me glaçant les os… Ces arbres sont des squelettes enracinés, recouverts de verdure, de feuilles, et même de fleurs ! Je suis encore béa d'incomprehension quand un cri me ramène à la réalité.

- Bruno ! Aidez moi !
- Jeanne !

Elle est là, par terre, EN terre ! Une jambe fichée dans le sol recouverte de feuilles, telle un arbuste !

- Sortez moi de là ! Mais ne marchez surtout pas sur cette terre noire !

Je remarque en effet que toute la “ verdure ” ne pousse que sur cette fameuse terre. J'attrappe alors le bras de Jeanne, afin de la tirer, sans aucun résultat. Je décide alors de tenter le tout pour le tout.
Ma canne en mains, j'use de toute ma force pour détacher en un élégant swing la jambe du corps de Jeanne, attrapant cette dernière pour lui éviter tout contact avec cette substance.

- Vous voilà tirée d'affaire.